J’étais bien décidé à ne porter aucun jugement avant la fin de l’année. Et pourtant que faire lorsque ce que nous avions perçu est déjà advenu: la division d’ores et déjà proclamée, en deux « classes » des hommes et des femmes de notre pays. Non pas ceux qui possèdent et ceux qui n’ont rien ou pas grand-chose. Mais le fossé en train de s’approfondir entre ceux, quelque soit leur niveau financier, social ou intellectuel qui veulent, et ceux qui sont; simplement sont. Si vous passez dans une gare, comme Monsieur Macron, la distinction entre ces deux nouvelles espèces, il vous l’a dit, vous sautera au yeux! Au démuni de fighting spirit, il est entendu qu’il sera donné ce qu’il faut pour survivre. Non comme un droit qu’il détiendrait comme citoyen, mais comme un geste volontaire de solidarité de la partie dynamique en responsabilité de la société. Le glas est sonné de la Société des égaux: vous aurez des allocations familiales, des APL, des dispenses de tous impôts non pas en vertu de tel ou tel principe universel ou de Droit, mais en fonction d’un fait objectif, le niveau de votre revenu. Vous ne participez pas à l’enrichissement national et la preuve c’est que vous ne payez pas d’impôt: dans ce cas toute idée de participer à la gestion publique ne saurait être votre, telle en sera la conséquence ultérieure.
Bien sûr, le fonctionnement d’un tel système suppose que le premier groupe, celui des compétitifs, demeure majoritaire pour pouvoir gérer le mixed: fichtre, on est en démocratie! C’est là une des conséquences heureuses du système. A bien suivre de ce coté là.
Ce qui est vrai pour les individus, l’est encore plus pour les territoires: 80 % de leur étendue ne sert strictement à rien! D’ailleurs, pour mes quelques jours de relâche, n’ai-je pas le monde entier à ma disposition? A quoi sert d’entretenir l’Ariège alors que m’attendent les Maldives, et pourquoi s’occuper du Gers alors que les Iles Ioniennes, tous comptes fait, sont plus proches de Paris…Nous allons, dans la droite lignée des précédents gouvernements, laisser tomber toutes ces terres inutiles sinon nocives au point de trop souvent alourdir notre démarche, pour faciliter un plus grand dynamisme de la nation: d’ailleurs comment voulez-vous qu’à l’école communale de Simorre puisse naître ce rêve qui doit devenir celui de tous nos gamins: « être un jour milliardaire »…
Auteur/autrice : Claude
Les trois Simones
Bien des Simones, toutes de ma génération,ont vécu autour de nous; ce prénom aujourd’hui disparu a été honoré à l’époque et notamment, par trois femmes remarquables dont les médias à un titre ou à un autre ont rappelé récemment les parcours
Et tout d’abord, Simone Weil, intellectuelle à l’immense talent, mais aussi militante sociale accomplie et femme politique engagée au point d’avoir rejoint en 1936 en Espagne les Brigades internationales: son oeuvre littéraire et surtout philosophique a marqué la période précédant la seconde guerre mondiale, autant que sa courte vie marquée par une participation exceptionnelle aux combats politiques et sociaux de l’immédiate avant-guerre.
Une année après Simone Weil, naît Simone de Beauvoir dont l’engagement personnel en faveur des mêmes causes ne fut pas moindre! Elle prît une part prééminente dés 1949 dans le combat pour l’émancipation des femmes: « Le Deuxième Sexe » a fait d’elle la théoricienne majeure et incontestée de la longue lutte engagée dans le monde occidental pour la libération de la femme; rédactrice du « manifeste des 343 », elle est la figure incontestée de la bataille pour l’avortement.Elle laisse d’autre part une oeuvre romanesque et intellectuelle qui marque une époque.
La troisième Simone apparait plus tard: quand éclate la seconde guerre mondiale, elle n’a guère que 15 ans: juive, elle sera déportée et commencera après avoir réchappé de la Shoah, une carrière de haut-fonctionnaire qui la mènera aux plus hauts poste de la fonction publique. Choisie par Valéry Giscard d’Estaing comme ministre, elle soutiendra avec conviction et passion, technique et talent le projet de loi légalisant l’IVG. Elle deviendra par la suite présidente du Conseil de l’Europe.
On a le droit de contester le principe même sur lequel repose la notion de « Grands Hommes ». Et donc d’émettre toute réserve sur l’idée et la pratique visant à « leur » rendre hommage en transférant leur dépouille au Panthéon. Mais quitte à le faire, encore ne faut-il pas faire d’erreur dans les choix et ne pas succomber à l’émotion du moment. Prendre par exemple le temps de la réflexion pour choisir entre les trois Simones…
L’innocence a une couleur
En cette fin du mois de Mai 2017, enfin un beau consensus! Tous les commentateurs, politiques, journalistes, représentants des « élites », porte-paroles du peuple…sont d’accord: le degré extrême de la barbarie a été dépassé à Manchester: enfants et adolescents sont nombreux parmi les victimes; alors que les drones tirés de la Californie, les missiles lancés de sous-marins nucléaires et de Rafales ont toujours permis aux armées occidentales de cibler et de détruire uniquement des combattants parvenus à l’age de la maturité…Ainsi donc, les enfants occidentaux sont-ils seuls à subir, à Manchester ou ailleurs, la sauvagerie de barbares. Que les médias continuent donc d’éviter de mentionner (sinon parfois par quelques entrefilets de bas de page) ce que nous dénommons les « dégâts collatéraux », pour ne pas inciter certains à se poser quelque question sur la justification de la guerre que nous menons si loin de notre pays et pour une cause qui échappe à notre peuple; lequel cependant, n’a pas l’air de s’émouvoir de la mort, chaque jour, d’enfants ( blancs certes mais parfois un peu bistres), victimes des armées de l’Occident.
Un Dimanche cotonneux
Que faire Dimanche? En désespoir, voter Macron? Mais à la Rotonde, les silhouettes des people sont apparues: au juste le temps d’un éclair, mais comme simplement nous aviser qu’ils sont toujours bien là, pour que nous ne soyons pas définitivement étonnés demain de les y retrouver: Alain Minc, le grand Conseilleur de présidents de toutes origines et de toutes eaux et prince de la « littérature » politique de caniveau, Jacques Attali, le plagiaire, promoteur dans l’inommable rapport Balladur-Attali (dont E.Macron fut le Rapporteur), d’une France rassemblée autour d’une demi-douzaine de métropoles et de sa ruralité regroupée autour des centres commerciaux, Bernard-Henri Lévy, l’apôtre de la guerre en Lybie, Bernard Kouchner, l’exploiteur politique de la misère du monde… Je suis sûr que demain, il n’en manquera pas un! Alors, à cette heure, comment ne pas chanceler alors qu’autour de nous, aucun argument ne manque pour nous amener à voter en fermant les yeux pour celui qui nous annonce que son élection signera le début de temps nouveaux… Il nous reste trois nuits pour choisir le chemin par lequel nous pourrons sauver une partie, si minime soit-elle, de notre morale de citoyen.
Sur les Gens ordinaires
L’affaire Fillion vient avec éclat illustrer ce que nous écrivions précédemment: la totale autonomisation d’une classe politique qui, à l’occasion de sa mue, a adopté le système « moral » du monde de la finance et des affaires. Ainsi, il est évident que durant toutes ces années où notre ancien Premier ministre a servi des rentes à épouse et enfants en usant illégalement de l’argent public, il n’a pas un moment pensé en termes moraux: d’ailleurs, on peut être sûr que ce catholique affiché et quasi militant n’a pas jugé utile de s’en entretenir avec son confesseur…
Il faut en même temps noter que parmi ses amis politiques et depuis plus d’une semaine que l’affaire a éclaté, aucune voix ne s’est élevée pour condamner les faits eux-mêmes; leurs commentaires les plus désobligeants ont porté sur la maladresse de l’impétrant: effectivement, il n’avait pas préparé de défense pour la bonne raison que, simplement, il n’avait pas conscience d’avoir failli. Et peu nombreux parmi ces amis sans doute, ceux qui pensent que le coeur de cette affaire est d’ordre moral. Or, pas loin de 80 % de ses compatriotes pensent le contraire…C’est la raison pour laquelle « l’offensive » de l’intéressé portant sur un complot « institutionnel » n’a eu aucun succès: pour l’opinion « ordinaire », le problème n’était pas là.
L’énorme distance qui sépare aujourd’hui « les gens ordinaires » de la « classe dirigeante » est sans doute de nature économique et financière. Mais beaucoup plus grave, elle est d’essence morale: les classes dirigeantes au cours de ces deux dernières décennies ont imposé leurs valeurs sociétales et économiques tout en négligeant sereinement leurs effets: sur eux-mêmes et sur les classes populaires. Dans cette affaire, on s’aperçoit de l’immense décalage existant aujourd’hui entre les deux classes qui, pour la première fois dans la République, divergent sur les valeurs, leur nature et leur place sur l’échelle où elles se classent.
De la compétence…
Peut-être un des articles de presse les plus intéressants de ces derniers jours a-t-il échappé à certains des vigilants lecteurs du Monde. Il me parait cependant pouvoir suppléer ou au moins compléter la doctrine de la postvérité selon laquelle « les faits objectifs influencent moins les opinions publiques que les émotions et les croyances individuelles ».
En effet, selon les auteurs américains d’un étude récente, partant du fait que 65% des électeurs contre 12% considéraient que Hillary était plus compétente que Donald, il aurait pu paraître normal que la première l’ait emporté. En fait, il n’en a rien été: et selon les auteurs de l’étude, les électeurs qui ont donné la victoire à Trump ont fait ce choix à cause, et non en dépit, de son incompétence! Ainsi auraient- ils voté pour celui le moins susceptible de les trahir, c.à.d servir les intérêts de sa classe et les siens propres, car trahir suppose un certain degré de compétence et de connivence. De plus, sa fortune et sa dissociation permanente de la classe à laquelle le rattache sa situation financière, ont provoqué un effet cumulatif avec l’atout que constitue son incompétence supposée.
Si cette hypothèse repose sur un fondement correct, les efforts, il est vrai parcimonieux, de Marine pour faire apparaître sa compétence seraient alors contre-productifs: mieux vaudrait-il pour elle persister à se mouvoir dans le strict domaine d’une idéologie désincarnée, faisant fi du faisable et du raisonnable. Et de jouer sur ses deux atouts majeurs qui sont de ne pas appartenir à « l’estabishment »et de ne pas avoir à ce jour apporté une preuve de sa compétence.
De l’audace dans la vision de demain
Recherchant dans mon blog, je m’aperçois que, contrairement à ce que je croyais, nous n’y avions pas fait de pronostic sur le résultat des présidentielles américaines: il faut donc émettre un doute sur la mémoire et la conviction qui sont les nôtres que nous avions bien prévu la victoire de Trump. C’est pourquoi, avec courage, deux mois avant notre présidentielle, il convient de s’avancer avec audace par écrit sur son résultat: la victoire de Marine. Ce ne serait là que la suite logique du Brexit qui a permis à la Grande-Bretagne de gagner du temps et de faire l’économie d’une crise de régime proprement dite, en la dérivant pour le moment par un habile changement de pied. Et encore autant celle de la victoire de Trump porteur masqué d’une crise de même nature, dans un pays où selon Joseph Stiglitz, « 91% de la richesse créée ces dernières années est allé dans les poches des 1% les plus riches » . La RFA passera-t-elle au travers des mailles à la fin de l’année? Rien n’est moins sûr et très probablement non…
Nos vieilles démocraties ont laissé croître, embellir, et ont même aidé à prospérer les égoïsmes individuels et claniques reposant sur l’enrichissement par et pour l’Argent, ignorant superbement le Bien commun cher à Aristote. Ainsi ont éclaté les solidarités internes de nos sociétés, sans qu’elles perçoivent ou ne minimisent les grondements et les craquements qui sous 1000 formes se faisaient entendre sous leurs pieds. L’heure du bilan est sans doute très proche pour les quatre Grandes.
Désespérance
Comment voter demain aux primaires pour un candidat ayant oeuvré à un moment ou à un autre au sein de l’une des équipes politiques qui ont géré pendant ces 5 dernières années notre pays, et qui à ce titre sont responsables des errements, de l’hypocrisie et du mensonge, qui les ont marqués!
D’abord avoir lancé la France dans une guerre au Moyen-Orient: avec des fins jamais explicitées, totalement étrangères à l’intérêt de notre pays: pour les deux « flambeurs » qui le dirigeaient, l’objectif n’était autre que d’ orienter l’opinion vers des problèmes pour lesquels, dans sa grande majorité, elle n’a aucun mode d’accès à la connaissance, et la détourner ainsi de ceux de son rude quotidien. Accessoirement, parader entre porte-avions et Rafales, au milieu de guerriers en tenue d’apparat ou de camouflage, et paraître ainsi comme des responsables de poids, capables de « faire la guerre »…
Ensuite, après en avoir ainsi réuni les conditions, annoncer urbi et orbi que la France était en guerre, assaillie sans raisons(!) par de très méchants, et demander à chaque citoyen de bien comprendre qu’il était une victime potentielle d’une sauvagerie venue d’ailleurs, sans jamais lui dire combien de victimes de bombes françaises reposaient désormais dans cette vieille terre de Mésopotamie…Avoir ainsi répandu jusqu’au fond de nos campagnes une psychose de peur et de racisme nourrie de plus par des gesticulations législatives, règlementaires et les propos et discours qui les accompagnaient.
Sur un tout autre plan, avoir lancé une réforme territoriale qui a redessiné une carte absurde des Régions, sans aucun bénéfice pour une vraie décentralisation et dont le résultat a été de tuer ce qui avait pu naître durant quelques décennies en matière de solidarité régionale. Surtout avoir mis en place, avec la suppression programmée des petites communes, les bases d’une France désormais regroupée non plus autour de mairies appelées à être rayées de la carte, mais autour des seuls centres commerciaux, transformant ainsi le citoyen en consommateur au nom probablement du « social-libéralisme ».
Enfin pour mémoire, comment ne pas rappeler mon blog d’il y a quelques mois, qui notait les si nombreuses atteintes à la morale, à l’honnêteté, à la déontologie dont a souffert l’appareil d’Etat, politiques et prébendiers mêlés: promesse d’un Etat propre jetée aux poubelles de l’Histoire.
Nous pouvons d’ores et déjà éliminer tous ceux qui ont, par leur voix ou leur silence, contribué à ce qu’il convient bien d’appeler un désastre moral: parmi les candidats de la primaire, il ne reste alors plus personne.
Après Trump
Ainsi tout se déroule comme nous l’avions prévu: Trump est élu Président. Et ,en ce mot de Novembre 2016 se profile en France, d’ici quelques mois, un probable duel LR-FN dont l’issue obéira à la même logique, la désespérance des laissés-pour-compte, en nombre toujours croissant, étant identique des deux cotés de l’Océan.La connivence de l’ensemble du monde politique avec celui de l’Argent, dans son mode de vie, ses références, ses accointances, et ses orientations politiques a fermé les portes d’une issue « raisonnable ». Il convient donc de se préparer à acquitter le prix d’une société désormais scindée: Mars 2017 marquera la rupture entre deux France et l’exaltation du ressentiment des exclus: l’Histoire, contrairement à ce que pensait notre japonais n’a pas de fin!
Ecoeurement
Nos contemporains lisent, avec souvent une sorte de fascination, les récits de Paris-Match et assimilés, relatant la vie merveilleuse de ce qu’on dénomme aujourd’hui les « people ».
Il ne leur reste généralement peu de chose de ces récits sinon que, l’éblouissement retombé,se forme ou s’épaissit alors en eux, une sorte de substance quasi humorale faite d’un sentiment de frustration et d’humiliation,d’intense ressenti d’iniquité et même de haine, qui visent cette société dont, aux yeux de notre peuple, les politiques font partie.
C’est pourquoi, tout sera en état lors des prochaines échéances pour une aventure vers ce que la classe « raisonnable » dénomme au choix le populisme ou la politique du pire. Chacun doit-il à tout prix s’opposer à la tempête qui pourrait survenir, ou celle-ci est-elle le préalable nécessaire à l’émergence, dans une phase ultérieure, d’un monde nouveau? Pour l’heure, la parole est à D.Trump, à M.Le Pen, à B.Johnson…En attendant, souhaitons ardemment la victoire du Brexit, qui participe de notre vision paroxytique en créant l’ obligation de repenser l’Europe. Les cycles politiques sont mortels: autant que les civilisations…N’est-ce point de notre devoir de précipiter leurs fins quand nous le pouvons, et en tous cas de s’abstenir de tout geste thérapeutique au chevet des moribonds?