Sur les Gens ordinaires

L’affaire Fillion vient avec éclat illustrer ce que nous écrivions précédemment: la totale autonomisation d’une classe politique qui, à l’occasion de sa mue, a adopté le système « moral » du monde de la finance et des affaires. Ainsi, il est évident que durant toutes ces années où notre ancien Premier ministre a servi des rentes à épouse et enfants en usant illégalement de l’argent public, il n’a pas un moment pensé en termes moraux: d’ailleurs, on peut être sûr que ce catholique affiché et quasi militant n’a pas jugé utile de s’en entretenir avec son confesseur…
Il faut en même temps noter que parmi ses amis politiques et depuis plus d’une semaine que l’affaire a éclaté, aucune voix ne s’est élevée pour condamner les faits eux-mêmes; leurs commentaires les plus désobligeants ont porté sur la maladresse de l’impétrant: effectivement, il n’avait pas préparé de défense pour la bonne raison que, simplement, il n’avait pas conscience d’avoir failli. Et peu nombreux parmi ces amis sans doute, ceux qui pensent que le coeur de cette affaire est d’ordre moral. Or, pas loin de 80 % de ses compatriotes pensent le contraire…C’est la raison pour laquelle « l’offensive » de l’intéressé portant sur un complot « institutionnel » n’a eu aucun succès: pour l’opinion « ordinaire », le problème n’était pas là.
L’énorme distance qui sépare aujourd’hui « les gens ordinaires » de la « classe dirigeante » est sans doute de nature économique et financière. Mais beaucoup plus grave, elle est d’essence morale: les classes dirigeantes au cours de ces deux dernières décennies ont imposé leurs valeurs sociétales et économiques tout en négligeant sereinement leurs effets: sur eux-mêmes et sur les classes populaires. Dans cette affaire, on s’aperçoit de l’immense décalage existant aujourd’hui entre les deux classes qui, pour la première fois dans la République, divergent sur les valeurs, leur nature et leur place sur l’échelle où elles se classent.

Une réflexion sur « Sur les Gens ordinaires »

  1. Fillon dit et répète qu’il n’a rien fait qui soit illégal, à savoir employer en tant qu’élu des membres de sa famille (épouse et enfants) et les rémunérer avec de l’argent public.
    Or, ce dont il est accusé n’a pas à voir avec ça, mais avec la réalité du travail effectivement réalisé par son épouse.
    Et si la question se pose c’est principalement à cause du décalage entre cette réalité et l’importance de la rémunération.
    Fillon est-il de mauvaise foi ? Ou bien est-il persuadé, comme tu le dis, qu’il n’a pas failli.
    Comme toi, je pense qu’au fond de lui, il est persuadé de n’avoir pas commis de faute. Il est fort probable aussi qu’il est absolument convaincu que sa femme a accompli un travail en rapport avec ses émoluments.
    Que les gens ordinaires mettent dans le même sac « les politiques » vivant dans une sphère qui n’est pas la leur, oui. Le FN s’est engouffré dans la brèche, même si personne n’est dupe sur la «pureté » de ses dirigeants.
    Pour autant je ne pense pas qu’ils aient raison, dans le sens où la cause serait le dysfonctionnement du seul monde politique.
    Reprenons l’hypothèse du « moi-Fillon-innocent ».
    Comment ça marche ? Comment puis-je être « délinquant » et me persuader que je ne le suis pas ? En d’autres termes, comment la subjectivité peut-elle se substituer à l’objectivité ?
    En définissant « l’univers » à partir de « moi ». Ce schéma est celui de la « droite » et de ses extrêmes, qui débouche sur le chef, seul critère des valeurs universelles.
    C’est une « pensée » dominante aujourd’hui et qui empiète sur les frontières de la gauche (cf. Macron).
    Bref, nous vivons une période de « droite », pas seulement dans le monde politique, mais dans les comportements individuels (rapport avec les étrangers).
    La seule petite lumière est celle qu’apporte l’ébauche du discours de Hamon mais qui ne va pas assez loin dans l’inversion du rapport « universmoi ».

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *