M. Macron vient de déclarer urbi et orbi la responsabilité de la République dans l’assassinat de Maurice Audin: influence du mathématicien, élu « En Marche » par ailleurs? Fleur au Parti Communiste et à la Gauche intellectuelle? On ne sait ni les raisons ni les fruits attendus de cette solennelle déclaration. Notons toutefois qu’elle est bien conforme à la catholicité affichée de son auteur: la repentance publique des péchés est bien dans les gènes de son éducation et de sa culture; la manifester doit d’ailleurs faire partie de la réconciliation, annoncée par lui il y a quelques semaines, de la République avec l’Eglise de France…
Lieutenant chef de SAS pendant deux ans dans le Sud-Oranais, j’ai vu bien des morts dans ces années 60. Sur mon seul territoire, la guerre a tué hommes et femmes en nombre: encore que je suis bien incapable d’en tenir la comptabilité, car les responsables dont précisément le métier et la mission étaient de tuer au nom d’une nation et d’une future nation, ne déposaient pas toujours les cadavres au pied de mes barbelés comme se fut pourtant parfois le cas.
La découverte qu’au nom de la Nation, la guerre tue et d’abord en interne, est dans le cas présent assez intéressante puisque conforme à la geste de l’Histoire de France qui a toujours professé qu’il convient, avant toute chose,d’éliminer l’ennemi de l’intérieur avant de faire périr celui de l’extérieur. La « révélation » de l’application de ce principe dans l’Algérie en guerre, cher aux deux forces qui s’opposaient, est peut-être une découverte pour notre Président, mais que va-il faire maintenant avec son homologue algérien encore plus concerné, avec les milliers de demandes de « reconnaissance » qui pourraient surgir d’un Passé qu’on s’ingénie ainsi à ne pas laisser aux seuls historiens…
Outre la dimension chrétienne, le pardon demandé par Macron à la famille Audin pose cette question : s’agissant de la colonisation, est-il pertinent de parler de « crime contre l’humanité »* (Macron) ? Autrement dit, la perception d’un crime existe-t-elle dans le temps de la colonisation ? Ceux qui colonisent et combattent ceux qui refusent la colonisation peuvent-ils avoir le sentiment de commettre un crime ?
La controverse de Valladolid nous rappelle combien il est difficile de trancher (Las Casas et Sepùlveda ont déclaré l’un et l’autre l’avoir emporté) mais aussi que la contradiction fait partie de l’activité humaine et que l’éthique (personnelle) et la morale (générale) ne vont pas toujours de pair.
*cette notion présuppose une valeur transcendante de l’humanité qui dépasse donc la contingence. Ce qui permettrait de comprendre pourquoi des voix s’élèvent en permanence pour contester ce qui semble aller de soi. Je pense à Montaigne et à sa critique de la colonisation… à Montesquieu… entre autres.