Les « gilets jaunes » nous ont obligé, en cette fin d’année, à réfléchir à nouveau à un phénomène national, très ancien et quasiment unique dans le monde occidental, la manifestation de masse. Bien entendu, en France comme partout ailleurs dans le monde, la manif’ traduit une révolte contre un Pouvoir lorsque certains assez nombreux estiment qu’il a dépassé les limites dans lesquelles il était autorisé à se mouvoir, à décider ou à s’abstenir; qui en tous cas, jugent-ils, a rompu le pacte par lequel il lui avait été accordé, d’une manière ou d’une autre, une délégation pour que les choses se fassent…ou ne se fassent pas!
J’ai passé des centaines d’heures dans ma vie professionnelle à négocier avant, pendant, et encore plus après, avec des manifestants. J’ai toujours éprouvé pour eux une sorte de respect s’agissant de durs combats où, à titre individuel il n’y rien à gagner et où le sentiment de soutenir un combat collectif est le véritable ciment qui soude la solidarité. Ne faut-il pas penser, à cet égard, que la participation massive des femmes pour la première fois dans une manifestation de masse, a joué un rôle majeur dans la convivialité des ronds points…et dans la combativité sur le terrain!
Terrain à creuser…
Des facteurs d’ordre psychologiques et sociaux s’ajoutent à ce constat: le manifestant, en partant le matin à son combat échappe à sa condition, familiale, sociale, professionnelle. Il s’approche du Pouvoir et même pour cela, use de l’une de ses prérogatives, l’exercice de la violence; s’il ne l’empruntait pas à l’Etat, il ne pourrait parler d’égal à égal avec lui. C’est pourquoi, et quoi que l’on dise, il y a une « légitimité » de l’usage de la violence dans la manif’: les casseurs, « travailleurs » des Gilets par procuration, l’ont bien compris…
Demeure, faute incroyable,la promesse du Grand Débat dont on n’a pas fini de parler; entre autres du RIC, prochain et superbe pataquès…
Rien à ajouter sinon souligner la dimension affective qui apparemment fait défaut dans la vie ordinaire et dont certains occupants des ronds-points soulignent l’importance.
« Fraternité » est peut-être à la fois le produit et le moteur de « liberté »et « égalité »…