En cette fin du mois de Mai 2017, enfin un beau consensus! Tous les commentateurs, politiques, journalistes, représentants des « élites », porte-paroles du peuple…sont d’accord: le degré extrême de la barbarie a été dépassé à Manchester: enfants et adolescents sont nombreux parmi les victimes; alors que les drones tirés de la Californie, les missiles lancés de sous-marins nucléaires et de Rafales ont toujours permis aux armées occidentales de cibler et de détruire uniquement des combattants parvenus à l’age de la maturité…Ainsi donc, les enfants occidentaux sont-ils seuls à subir, à Manchester ou ailleurs, la sauvagerie de barbares. Que les médias continuent donc d’éviter de mentionner (sinon parfois par quelques entrefilets de bas de page) ce que nous dénommons les « dégâts collatéraux », pour ne pas inciter certains à se poser quelque question sur la justification de la guerre que nous menons si loin de notre pays et pour une cause qui échappe à notre peuple; lequel cependant, n’a pas l’air de s’émouvoir de la mort, chaque jour, d’enfants ( blancs certes mais parfois un peu bistres), victimes des armées de l’Occident.
Les qualifications « monstres », « barbares », attribuées aux auteurs des massacres de Manchester, de Paris, de Nice, de Stockholm… jouent le même rôle que celle de « terroriste » attribuée à l’acte lui-même : établir une typologie d’hommes et d’actes « humains » et d’hommes et d’actes « non humains ».
L’utilisation des adjectifs habituellement employés dans les condamnations officielles prononcées dans ces moments-là participent de la même opération : crime « odieux » (= qui suscite la haine, l’indignation), ou « lâche » attentat (= qui manque de courage).
Un tel acte (tuer au hasard et en masse) n’est ni odieux, ni lâche, ni l’expression d’un « mal » pour celui qui le commet, sauf à lui dénier son appartenance à l’espèce humaine (cf. monstre)… Mais s’il n’est pas humain dans son être et son acte, il est quoi, au juste ?
Je rejoins le sens de ton commentaire dans le sens où tu proposes une piste d’analyse qui invite à comprendre (E. Valls, comme d’autres porte-parole autoproclamés du « peuple », te dirait que tu justifies). Ton point de vue a le mérite de mettre en évidence ce qu’impliquent les qualificatifs cités : si de tels crimes sont « odieux », si de tels attentats sont « lâches », il est donc des crimes qui sont aimables et des attentats qui sont courageux… Voir du côté des drones.
Quant à la couleur bistre… fichtre… [ Là, franchement, tu compliques : il y avait les noirs qui descendent directement du singe, les jaunes qui sont obséquieux et ont les yeux bridés, les rouges qui sont intéressants quand ils sont morts, et les blancs qui, eux au moins, sont purs… c’était clair et net, scientifique pour tout dire… il y aurait donc les bistres… Mais où va le monde ? ] elle rappelle Montesquieu, autre explicateur-justificateur, abusivement appelé philosophe : « Ah ! Ah ! Monsieur est Persan ? C’est une chose bien extraordinaire ! Comment peut-on être Persan ? » (Lettres persanes) et « Ceux dont il s’agit (les esclaves) sont noirs depuis les pieds jusqu’à la tête ; et ils ont le nez si écrasé qu’il est presque impossible de les plaindre. » (De l’Esprit des lois)