Bien des Simones, toutes de ma génération,ont vécu autour de nous; ce prénom aujourd’hui disparu a été honoré à l’époque et notamment, par trois femmes remarquables dont les médias à un titre ou à un autre ont rappelé récemment les parcours
Et tout d’abord, Simone Weil, intellectuelle à l’immense talent, mais aussi militante sociale accomplie et femme politique engagée au point d’avoir rejoint en 1936 en Espagne les Brigades internationales: son oeuvre littéraire et surtout philosophique a marqué la période précédant la seconde guerre mondiale, autant que sa courte vie marquée par une participation exceptionnelle aux combats politiques et sociaux de l’immédiate avant-guerre.
Une année après Simone Weil, naît Simone de Beauvoir dont l’engagement personnel en faveur des mêmes causes ne fut pas moindre! Elle prît une part prééminente dés 1949 dans le combat pour l’émancipation des femmes: « Le Deuxième Sexe » a fait d’elle la théoricienne majeure et incontestée de la longue lutte engagée dans le monde occidental pour la libération de la femme; rédactrice du « manifeste des 343 », elle est la figure incontestée de la bataille pour l’avortement.Elle laisse d’autre part une oeuvre romanesque et intellectuelle qui marque une époque.
La troisième Simone apparait plus tard: quand éclate la seconde guerre mondiale, elle n’a guère que 15 ans: juive, elle sera déportée et commencera après avoir réchappé de la Shoah, une carrière de haut-fonctionnaire qui la mènera aux plus hauts poste de la fonction publique. Choisie par Valéry Giscard d’Estaing comme ministre, elle soutiendra avec conviction et passion, technique et talent le projet de loi légalisant l’IVG. Elle deviendra par la suite présidente du Conseil de l’Europe.
On a le droit de contester le principe même sur lequel repose la notion de « Grands Hommes ». Et donc d’émettre toute réserve sur l’idée et la pratique visant à « leur » rendre hommage en transférant leur dépouille au Panthéon. Mais quitte à le faire, encore ne faut-il pas faire d’erreur dans les choix et ne pas succomber à l’émotion du moment. Prendre par exemple le temps de la réflexion pour choisir entre les trois Simones…
Mouais…
Je relisais l’autre jour une biographie du Castor, et aujourd’hui, il y a des choses dans sa vie qui ne passeraient décidément plus. Elle serait même en prison pour ce qu’elle a fait: détournement de ses élèves mineures au Lycée, qu’elle rabattait ensuite vers Sartre, grand amateur de chair fraiche et pédophile revendiqué… A un niveau plus politique, elle se baladait en Allemagne dans les années 30 sans rien trouver à redire à ce qui s’y passait, collaborait à Radio Vichy pendant l’occupation, et plus tard faisait l’apologie de la Chine de Mao pendant que des millions de personnes étaient envoyées dans des camps ou crevaient de faim… plus aveugle tu meurs. Bien sûr, c’est l’époque qui voulait ça, mais ça fait quand même un peu beaucoup pour une conscience ou un Panthéon…
J’ai quelque retard pour cause d’éloignement, non dans les Maldives ou les Ioniennes, mais en Irlande, une île beaucoup plus proche où l’on n’est que rarement incommodé par le soleil. Voltaire me pardonnera cet humour candide. Elle n’en est pas moins de plus en plus attirante.
Donc, je débarque et découvre les trois Simone (personnellement, en ce qui me concerne et pour ce qui est de moi, je ne mettrais pas de –s).
S’il fallait trouver un point commun entre les trois, je choisirais le nom « attention », cher à la première, dans le sens de « attention au monde ».
S’il fallait trouver des différences essentielles – et sans intention de hiérarchie – la première était animée par la recherche de la vérité de son être, la seconde par l’Histoire, la troisième par les particularismes. Oui, c’est forcément réducteur.
Quant au Panthéon… S’il m’arrive parfois de regarder le film de la cérémonie organisée le 19 décembre 1964 pour le transfert des cendres de Jean Moulin – c’est pour moi une saisissante représentation du « tragique », en particulier le discours de Malraux – je fais mienne cette phrase de B. Brecht : « Malheureux les pays qui ont besoin de héros ! ». A plus forte raison de dieux.
Quant au problème soulevé par Olivier à propos du Castor, il contient la question de l’universel. Les Athéniens des 5ème et 4ème siècles qui sont pour nous des références politiques et philosophiques majeures avaient de la pédérastie (tiens, au fait, pourquoi lui a-t-on substitué « pédophilie » qui ne concerne en rien la sexualité ?) une conception très différente de la nôtre. Je ne parle pas de la place accordée aux femmes et aux étrangers.
Il y aurait évidemment beaucoup à dire sur le soutien de Sartre et Beauvoir à Mao, à Castro… plus globalement sur le rapport avec le communisme… sur le couple mythique qu’ils représentaient à l’époque…
Problème de « l’attention au monde ».