Désespérance

Comment voter demain aux primaires pour un candidat ayant oeuvré à un moment ou à un autre au sein de l’une des équipes politiques qui ont géré pendant ces 5 dernières années notre pays, et qui à ce titre sont responsables des errements, de l’hypocrisie et du mensonge, qui les ont marqués!
D’abord avoir lancé la France dans une guerre au Moyen-Orient: avec des fins jamais explicitées, totalement étrangères à l’intérêt de notre pays: pour les deux « flambeurs » qui le dirigeaient, l’objectif n’était autre que d’ orienter l’opinion vers des problèmes pour lesquels, dans sa grande majorité, elle n’a aucun mode d’accès à la connaissance, et la détourner ainsi de ceux de son rude quotidien. Accessoirement, parader entre porte-avions et Rafales, au milieu de guerriers en tenue d’apparat ou de camouflage, et paraître ainsi comme des responsables de poids, capables de « faire la guerre »…
Ensuite, après en avoir ainsi réuni les conditions, annoncer urbi et orbi que la France était en guerre, assaillie sans raisons(!) par de très méchants, et demander à chaque citoyen de bien comprendre qu’il était une victime potentielle d’une sauvagerie venue d’ailleurs, sans jamais lui dire combien de victimes de bombes françaises reposaient désormais dans cette vieille terre de Mésopotamie…Avoir ainsi répandu jusqu’au fond de nos campagnes une psychose de peur et de racisme nourrie de plus par des gesticulations législatives, règlementaires et les propos et discours qui les accompagnaient.
Sur un tout autre plan, avoir lancé une réforme territoriale qui a redessiné une carte absurde des Régions, sans aucun bénéfice pour une vraie décentralisation et dont le résultat a été de tuer ce qui avait pu naître durant quelques décennies en matière de solidarité régionale. Surtout avoir mis en place, avec la suppression programmée des petites communes, les bases d’une France désormais regroupée non plus autour de mairies appelées à être rayées de la carte, mais autour des seuls centres commerciaux, transformant ainsi le citoyen en consommateur au nom probablement du « social-libéralisme ».
Enfin pour mémoire, comment ne pas rappeler mon blog d’il y a quelques mois, qui notait les si nombreuses atteintes à la morale, à l’honnêteté, à la déontologie dont a souffert l’appareil d’Etat, politiques et prébendiers mêlés: promesse d’un Etat propre jetée aux poubelles de l’Histoire.
Nous pouvons d’ores et déjà éliminer tous ceux qui ont, par leur voix ou leur silence, contribué à ce qu’il convient bien d’appeler un désastre moral: parmi les candidats de la primaire, il ne reste alors plus personne.

3 réflexions au sujet de « Désespérance »

  1. Rien à dire sur le constat.
    Reste le diagnostic et la conclusion qu’on en tire.
    Il s’agit de tenter de comprendre pourquoi nous (la collectivité) avons élu des hommes et des femmes qui conduisent à un tel constat.
    Au choix :
    – soit on considère qu’il n’y a pas de rapport entre nous, notre acte (le vote) et le pouvoir mal exercé (cf. le constat) par ceux et celles que nous avons élus.
    – soit on considère que les élus et la politique qu’ils appliquent sont l’expression de ce que nous sommes, collectivement et individuellement, à un moment donné.
    (Quant à savoir si l’élu à la capacité de se dresser contre cette expression même qui l’a fait élire pour la modifier… Est-ce que ce ne serait pas une définition possible de « la gauche » ?)
    Concrètement : nous (à gauche et pas seulement) avons élu, en 2012, F. Hollande dont l’histoire personnelle nous permettait de savoir, entre autres choses, ce que valaient les promesses des « Moi président… ». Nous le savions, nous connaissions l’homme depuis longtemps, et nous avons voté pour lui. Parce qu’il avait été élu aux primaires (il y aurait beaucoup à dire sur cette « démocratie » des primaires) et que le rejet de Sarkozy était au moins aussi fort que notre envie de croire que ce que nous savions de l’homme politique n’était pas vrai. Il avait perdu du poids, changé ses lunettes… (Et si DSK avait contenu sa libido dans sa chambre d’hôtel… Mais est-ce un hasard s’il n’a pu la contenir ?)
    « Mon ennemi, c’est la finance ! » a suscité des ovations et un « décollage » qui sont symptomatiques de ces illusions. Peu importe qui a écrit ce discours du Bourget. C’est Hollande qui l’a prononcé, qui savait que le slogan recouvrait une absurdité. Il l’a prononcé en toute conscience d’absurdité. Son ennemi, donc le nôtre, à gauche, c’était « la finance » (pas le scooter) et tant pis s’il faut bien aller à la banque chercher de la finance pour acheter de quoi vivre.
    On peut allonger la liste des exemples pour Hollande, et pour Trump et pour Fillon, et pour Le Pen et pour ceux qui, dans des espaces incertains, poussent les cris les plus forts devant des salles hystériques.
    La question est celle de la démocratie et de son expression, surtout dans une période de dépression sévère où le ressort principal est la peur. Pour mémoire : dans l’Athènes démocratique (après une période de tyrannie), Socrate fut condamné à mort (pour son mode de vie, ses idées) par une majorité de 502 citoyens lambda tirés au sort.
    Tant qu’on n’agira pas sur cette peur – en dernière analyse, notre peur de notre mort – on retrouvera, sur des modes différents, les mêmes errements et les mêmes raisons de désespérer… parce que la désespérance n’est que l’expression de nos propres peurs.
    Elle est le produit d’un espoir contrarié (en creux : tu ne mourras pas). Mais cet espoir dont il est dit qu’il fait vivre n’est qu’un leurre ou une folie (cf. Camus).

    1. Je ne suis pas d’accord avec ta méthode que je commence à percevoir, faite d’un composite de pessimisme et de cynisme…Tu normalises en la généralisant et en l’étendant, une situation particulière qu’en banalisant ainsi, tu justifies: au fond, nos dirigeants politiques du quinquennat qui s’achève, n’ont durant ces 5 années fait qu’obéir aux « lois du genre » et de leur espèce. Et, bien que tu sois plus flou sur ce point-là, il ne pouvait, tout compte fait, en être autrement.

      Mais ce que j’ai vécu personnellement des années 60 à 90, ne colle pas avec ce filtre intellectuel: les individus, leur morale, leurs désirs, leurs volontés, leur idéologie sont bien les créateurs de l’ l’Histoire, en devenir inconnu et imprévisible: et pour « faire simple » en ce qui concerne notre sujet, parmi les hommes politiques il en est de très bons, des moyens, des mauvais et des exécrables…On appelait autrefois les très bons des « hommes d’Etat »: je défis quiconque de déceler dans les candidats de 2017, de l’extrême droite à l’extrême- gauche, la silhouette de l’un d’eux pouvant appartenir, même de loin’ à l’espèce en question.

      C’est le système des partis qui est à bout de souffle et dont vont probablement mourir les grandes démocraties de l’Occident. Je n’ai rien « en magasin » pour le remplacer.

      1. Il ne s’agit pas vraiment d’une méthode mais de la problématique du rapport entre ce qui nous (individus et collectivité) détermine et ce que nous déterminons : la problématique de la liberté et de la responsabilité.
        Si on évacue ce rapport, on se trouve devant une aporie : sauf à invoquer le hasard ou la métaphysique, comment, pour te suivre, expliquer qu’il n’y ait pas aujourd’hui en vue un « homme d’état » dans le sens où tu le dis ?
        Cette problématique se situe en-dehors de la morale (donc pas de cynisme), du tout va mal (donc pas de pessimisme) ou du tout va bien (donc pas d’optimisme) ; elle consiste à dire par exemple que de Gaulle est fait par l’Histoire et/autant qu’il fait l’Histoire. Une corrélation utile pour comprendre par exemple pourquoi un « homme d’Etat » s’il en fut, comme Churchill, fut évincé aux élections en 1945… et de Gaulle l’année suivante.
        Cette problématique ne concerne pas que la politique mais, d’une manière générale, la production, la création (le génie n’explique pas l’impressionnisme), la vie sociale dans son ensemble. Elle ne concerne pas que la collectivité, mais l’individu ; l’une et l’autre dont les énergies, les capacités, entre autres, varient avec le temps et selon les vicissitudes ont en commun de ne pas disposer d’un libre-arbitre illusoire, mais de la liberté.
        S’agissant des relations humaines, sociales et politiques, quelle différence essentielle, mutatis mutandis, entre l’époque de Platon et la nôtre ?
        Ce qui varie, au fil du temps, ce sont les épiphénomènes plus ou moins importants (dont le système des partis pour ce qui concerne la politique) pour lesquels la formule « On a tout essayé » me paraît, ici, adéquate. La longue époque (des siècles, en réalité) qui a préparé le temps (19ème et 20ème siècles) où le socialisme s’est déterminé par rapport au communisme qui se déterminait par rapport au capitalisme s’est achevée à la fin des années 1980. En d’autres termes, il n’y a plus de dialectique susceptible de créer l’illusion que nous avons résolu la contradiction majeure constitutive de nos angoisses individuelles et collectives. La page qui s’est tournée il y a moins de trente ans est celle de l’utopie majeure « en tant que contournement ». D’où, sans doute, l’absence actuelle des « hommes d’état » parce que le nouveau discours attendu (« réenchanter le rêve » n’en fut qu’un pauvre ersatz) n’est pas encore prononçable parce que non encore audible par un nombre suffisant d’oreilles.
        Faire de ce qui est la cause essentielle de nos peurs un objet de savoir, me paraît être aujourd’hui la seule possibilité de réaliser cette utopie majeure dont rêve et a besoin l’humanité

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