Recherchant dans mon blog, je m’aperçois que, contrairement à ce que je croyais, nous n’y avions pas fait de pronostic sur le résultat des présidentielles américaines: il faut donc émettre un doute sur la mémoire et la conviction qui sont les nôtres que nous avions bien prévu la victoire de Trump. C’est pourquoi, avec courage, deux mois avant notre présidentielle, il convient de s’avancer avec audace par écrit sur son résultat: la victoire de Marine. Ce ne serait là que la suite logique du Brexit qui a permis à la Grande-Bretagne de gagner du temps et de faire l’économie d’une crise de régime proprement dite, en la dérivant pour le moment par un habile changement de pied. Et encore autant celle de la victoire de Trump porteur masqué d’une crise de même nature, dans un pays où selon Joseph Stiglitz, « 91% de la richesse créée ces dernières années est allé dans les poches des 1% les plus riches » . La RFA passera-t-elle au travers des mailles à la fin de l’année? Rien n’est moins sûr et très probablement non…
Nos vieilles démocraties ont laissé croître, embellir, et ont même aidé à prospérer les égoïsmes individuels et claniques reposant sur l’enrichissement par et pour l’Argent, ignorant superbement le Bien commun cher à Aristote. Ainsi ont éclaté les solidarités internes de nos sociétés, sans qu’elles perçoivent ou ne minimisent les grondements et les craquements qui sous 1000 formes se faisaient entendre sous leurs pieds. L’heure du bilan est sans doute très proche pour les quatre Grandes.
Le pronostic.
1° Trump a été élu bien qu’il n’ait pas obtenu la majorité des voix des électeurs, mais, comme ses prédécesseurs, grâce à un système électoral propre aux USA pour ce type d’élection. Il représente donc une minorité, même si elle est importante.
2° Il diffère de ses prédécesseurs républicains en ce sens qu’eux émergeaient du parti et que lui est apparu en intrus.
3° Avant, il y avait le parti et son discours qui s’imposaient au candidat qui rassemblait son camp autour d’un programme qui en découlait, maintenant il y a l’individu qui impose son discours et son programme en évacuant le parti qui disparaît pratiquement (pour le moment).
4° L’élection de ce type de chef (rien à voir avec Nixon, Reagan, Bush qui coïncidaient avec le discours du parti que leur personnalité incarnait et modifiait plus ou moins) n’est pas plus de l’ordre du prévisible qu’un tremblement de terre à un endroit et à une date précis. On est dans une pathologie.
5° Trump représente ce qui caractérise la droite et son extrême : l’individu est le modèle, le point de départ et d’arrivée d’un schéma censé rendre compte de l’organisation du monde : « Moi, l’individu mâle Trump millionnaire (= qui a réussi dans l’american way of life), je suis l’Amérique ». Corollaire : l’autre (ce qui n’est pas américain mâle – ah, les femmes ! – self made man – tant pis pour l’héritage tout de même important) disparaît. L’Amérique (en tant que métaphore du moi) devient désormais l’essentiel et elle est réduite à un territoire aux frontières ultra-protégées par un mur complet (censé l’être) et un surcroît de taxes annoncées. Rien n’existe au-delà. Pas d’univers. Une forme d’autisme. On appelle ça repli identitaire, nationalisme… Nul ne sait à l’avance le seuil à partir duquel se produit l’emballement de la machinerie mise en route par un engrenage particulier contacté avec un puis deux puis plusieurs autres engrenages particuliers semblables, machinerie qui, à terme, produit la guerre.
6° Ce qui est sidérant, parce que de l’ordre du délire, c’est ça : l’individu contingent devenant l’archétype de l’absolu.
7° La différence historique entre le fonds, voire le tréfonds, des USA et le nôtre, c’est le western (sur la route de l’ouest, pas besoin d’obamacare, un cheval, un colt et un couteau suffisent). Entre le nôtre et celui des USA, ce qu’on appelle « le siècle des lumières » (il commence bien avant le 18ème).
Nous verrons au printemps prochain ce qui reste du sens (direction) de la démarche dont nous avons hérité de ce « siècle » : l’univers> le monde> la terre> le pays> la famille> moi > l’univers…
8° Le schéma inverse ( moi >…. l’univers > moi), produit de l’exploitation des affects (= le populisme, qui a pris les formes dominantes du fascisme et du nazisme au 20ème siècle en Europe), est le schéma proposé aujourd’hui par la droite extrême anglaise (brexit), la droite extrême aux USA, par Erdogan – par Poutine ( ? pas sûr que ce soit pareil), chez nous par la fille et la nièce Le Pen (là, c’est sûr).
Fillon (il apparaît faiblard, depuis sa victoire aux primaires) et surtout Macron (pour le moment) s’inscrivent dans ce schéma. Valls aussi, dans une moindre mesure.
Le schéma inverse (l’univers >… moi > l’univers) n’est présent dans aucun discours des socialistes candidats à la primaire. Quelques bribes chez Hamon.
Reste à essayer de comprendre pour trouver quoi faire…
Le « moi », point de départ et d’arrivée du schéma n’est pas à mon sens le problème moral de l’égoïsme et il n’est n’est pas lié non plus au rapport richesse/pauvreté (la concentration de la richesse dans les mains d’une petite minorité n’est pas nouvelle).
Le« moi », en tant que centre essentiel, définit tout le reste en se l’assimilant (donc l’évacue) dans les périodes de grande peur (cf. la peste : tout me devient permis).
La peur (confrontation de l’individu à sa fin, désormais sans réponse autre que celle qu’il doit trouver par lui-même – la réponse religieuse ne fonctionne plus) est d’autant plus forte aujourd’hui que (bis repetita) l’utopie majeure « de contournement » s’est effondrée il y a bientôt trente ans. Et cette utopie plaçait l’intérêt commun au centre. Mélenchon, qui en est l’héritier, n’a aucune chance de pouvoir dépasser la nostalgie qui nourrit sa relative popularité.
L’originalité de Trump devenu chef, c’est qu’il n’est pas d’abord un idéologue mais un milliardaire qui défend ses propres intérêts. Comme les Anglais du brexit.
C’est peut-être une limitation des risques.
Chez nous, quel que soit le résultat des primaires socialistes, le vainqueur n’a aucune chance de figurer au second tour, sauf si, à l’extrême rigueur, c’est Hamon qui gagne et qu’il construise un discours de gauche (cf. le schéma). Très peu probable, il l’aurait déjà fait pour la primaire.
Que ce soit Fillon ou Macron qui soit présent au second tour – en l’état actuel, je pense que c’est Macron – Le Pen ne passera pas.
Salut Jean-Pierre,
Ton point n°1 ne tient pas la route, bien que largement relayé dans les médias (ce qui m’agaaaace !).
Quand tu entres dans une compétition/élection/jeu etc., tu y vas avec les règles du jeu. Si tu perds, il serait ridicule de dire : « Ah ben si les règles avaient été différentes, j’aurais certainement gagné ». Ben non, parce que le vainqueur aurait aussi joué avec des règles différentes, et il aurait certainement pris à cœur de te mettre encore la misère, en utilisant d’autres armes.
Nul doute que si les règles de l’élection américaine avaient été les mêmes que par chez nous, Donald ne se serait pas battu de la même manière. Quant au résultat hypothétique, impossible évidemment d’envisager quoi que ce soit, parce que comme dirait Coco, c’est un faux problème.
Salut, Gilles
Tu remarqueras que je ne mets pas en cause le résultat de l’élection. Je rappelle seulement que Trump n’a pas été élu par une majorité de votants (deux millions de différence). C’est un fait. Auquel on donne l’importance politique qu’on veut.
Quant au pronostic, qui vaut ce que vaut un pronostic, il me semblait que c’était un des enjeux de l’article…