Il y a quelques jours, je m’extasiais de la sollicitude de la nation qui enterrait aux Invalides, en présence du Président de la République, des soldats malheureusement tués par une mine et offrait,au coeur de la Provence, un séjour de soins psychologiques aux « guerriers » rentrés de quelques mois de séjour africain…
Le même Président est accouru en ce même mois de mai, décorer et promouvoir deux gardiens de la paix abimés par des casseurs qu’ils étaient censés empêcher de nuire.
Je me pose tout de même une question: avec quoi, si l’idée lui en prenait, décorera-t-il ceux qui, dans l’exercice de leur métier, auront simplement rempli leur mission avec professionnalisme, habileté et résultat.Ne décorer systématiquement que les victimes,même si ce sont celles du sort, est-ce vraiment bon pour le moral?
A propos d’extase, cher Claude, je ne résiste pas à l’envie de citer cet extrait de Thérèse d’Avila (une spécialiste ès extase) : « Je voyais donc l’ange qui tenait à la main un long dard en or, dont l’extrémité en fer portait, je crois, un peu de feu. Il me semblait qu’il le plongeait parfois au travers de mon cœur et l’enfonçait jusqu’aux entrailles. En le retirant, on aurait dit que ce fer les emportait avec lui et me laissait tout entière embrasée d’un immense amour de Dieu. La douleur était si vive qu’elle me faisait pousser ces gémissements dont j’ai parlé (…) »
Bienheureux (juste avant la sainteté) sois-tu de pouvoir trouver dans le vil quotidien l’extatique jouissance à laquelle Thérèse ne parvenait que par d’ardentes visions nocturnes et mystiques ! Enfin, peut-être pas seulement mystiques…
Le problème que tu poses au fond, mais tout au fond, en faisant mine de ne pas y toucher et en essayant (mais vainement) de faire croire que tu t’abîmes dans la contemplation éthérée de la béatitude céleste, concerne cette attirance pour la catastrophe : on sait qu’un train qui arrive à l’heure n’est pas intéressant (sauf pour les voyageurs), mais un train qui déraille avec plein de morts partout, alors là, oui, on en redemande ! Un avion qui tombe dans la mer… Comment dire… C’est tout de même moins jouissif, parce qu’on ne voit pas les morts en petits morceaux et qu’on est obligé d’imaginer… et l’imaginaire (de la mort, en l’occurrence) renvoie à soi. Et ça, ce n’est pas forcément extatique du premier coup.